Absgar le viking

Les Tribulations d'un Parisien en Suède, ERASMUS UPPSALA

03 mars 2006

Ce qu'il reste

Antoine ne le sait pas encore, mais Uppsala n'est pas - en tout cas n'a pas été juste - une parenthèse festive dans une longue vie sérieuse toute entière dédiée au Gender Empowerment et à l'écologie.

Il reste en général quatre choses de l'ancien étudiant à l'Uppsal (qui est le nom vachement officiel en français que plus personne n'utilise, mais c'est un détail).

- Deux nouvelles puces sur le CV, dans la section langue. Ben oui, d'abord le Suédois, qui peut se défendre avec un paquet de mauvaise foi comme étant la langue la plus parlée dans l'Union Européenne ("oui,le Suédois, parlé en Suède, en Finlande, compris en Norvège, au Danemark. D'accord, c'est des petits pays, mais bon, l'avantage technologique de la Suède, les supers avions de combat, les produits de beauté, tout cela, les hautes technologies, hein, monsieur, c'est plus important que de parler l'Espagnol qui ne sert en gros que dans le business de la drogue. C'est pas votre coeur de métier ? Nan ? Je me disais aussi." Le tout étant d'y mettre le ton, sinon le mec va vous sortir des trucs vachement compliqués de type "masse démographique (réponse conseillée : pouvoir d'achat), "pénétration du marché de la Floride" (réponse conseillée : ils sont tous américains, ils vous - nan, NOUS - boycottent de toutes façon). S'ajoute à cela une très joli puce "Danois, lu". C'est presque vrai. De toutes façons, personne n'ira vérifier. L'un dans l'autre, c'est plus original que les triptyques norme "éducation nationale" Français / Anglais / Espagnol ou Français / Anglais / Allemand.

- Une fréquente envie de raconter votre expérience là-haut, évidemment infinimment différente de l'expérience de tous ces imbéciles sans imagination qui sont allés se paumer dans des pays genre Royaume-Uni et Etats-Unis. Evidemment, on aura toujours une faiblesse pour nos amis germanophone, l'Allemagne n'étant après tout qu'une grosse Suède qui a déconné.
- La fin de vos tentatives pathétiques de - disons-le - coller vos ex-qui-vous-ont-largués. Nan, après tout, après avoir comparé avec de la Suèdoise, de la vraie, celle qui vient du Dalarna (coeur historique de la Suède, comme vous le dira tout vrai Suédois du Dalarna), du Västmanlands (coeur historique de la Suède, comme vous le dira tout vrai Suédois du Västmanlands), des Upplands (coeur historique... bon,  vous avez compris), comment avez-vous vraiment pu trouver belle et même mignonne Sophie. Et Sandra ? Hein ? Sandra ? Avec ses cheveux pas-blonds. Nan, sérieusement, quelle faute de goût. Mais après plus ample inspection, vous vous rendrez compte que la jeune fille française est malheureusement médiocre. C'est terrible à dire. Et la fille moyenne qui vous enverra bouler, vous savez, la pas-blonde pas-grande et le visage moyen, vous lui répondrez d'un ton sec "ben les filles comme toi, en Suède, elles se rabattaient sur moi". Et tac. Et comme vous aurez passé quelques mois dans le milieu très sexualisé des étudiants internationaux, vous aurez un rire gras à chaque fois que vous raconterez comment vous avez rembarré la fille un peu trop difficile.
Deux notes sur ce dernier point : 1. Les effets s'estompent après quelques mois, fort heureusement. Et les Arabes (note personnelle) reste toujours aussi mignonne. 2. Etant donné le niveau de la concurrence locale, vous pourriez Mesdemoiselles, adopter exactement le même comportement une fois retournée en France. Et sachez que compte tenu de la concurrence locale et du fait qu'il y a environ une Suédoise pour un Suédois (le monde est mal fait), connaitre bibliquement les Suédois-es n 'est pas tellement simple, sauf quand on parle entre mecs / filles une fois rentrée à la maison. Tout est une question de turn-over on me répondra. C'est exact, mais je répondrais à mon tour qu'il n'est pas franchement plus grand que le turn-over français.

- J'en viens à mon quatrième point, intitulé "quatrième point'. C'est celui qui me tient le plus à coeur, même si beaucoup auront fort adroitement remarqué que le 3ième point note 2 me tiens relativement à coeur. Vous aurez très probablement envie de revenir, en tout cas si vous avez eu une vie dans les Nations dignes de ce nom. Et vous aurez l'impression que l'Uppsala que vous avez connu se meurt. Et vous aurez raison, ce pour une raison subjective, et une raison objective.
La raison subjective, c'est que même les étudiants Suédois terminent leurs études (et sinon, s'ils sont encore étudiants sans interruption à 35 ans , c'est que vous avez des amitiés bizarres avec des gens que je ne fréquenterais probablement peu), que les étudiants internationaux retournent dans leur foutu pays paumé où vous n'auriez jamais eu l'idée de foutre les pieds si la perspective de passer des vacances sans payer l'hotel ne s'était offerte, c'est que donc tous ces gens partiront peu à peu et donc que vous aurez de moins en moins de contacts et d'amis (sauf à écrire un super rapport de stage - c'est ainsi que j'ai connu Antoine) sur place et donc de moins en moins d'opportunité de profiter de la vie étudiante. Les Nations et leur vie trépidante vous échappera peu à peu.
La raison objective, et là c'est comme dans "Good Morning Viet-Nam arrive le moment où on sourit moins, c'est que les Nations se meurent. Je ne sais pas ce qu'en connait Antoine, mais pour avoir beaucoup et même énormement fréquenté les Nations, pour avoir failli avoir ma photo sur le board en étant un membre officiel du International Club de V-Dala, pour avoir failli arrêter Sciences-Po pour continuer ici, je sais comment les Nations fonctionnent. Or, celles-ci n'engrangent plus des bénéfices que par leur patrimoine financier et immobilier, les pubs et "clubs" sont archi-déficitiaires, certaines nations (au moins une, sans doute deux) ont un solde négatif et ne vivent que de la générosité des autres nations, le bénévolat des étudiants, et en sont à faire une gestion au jour le jour. Mon ami Matthias, ancien "gillestudechef" à V-Dala (c'est-à-dire patron du bar-restaurant), m'expliquait que parce que les fonds que verse l'Etat au étudiant chaque année est nominalement fixe (donc si on compte l'inflation, décroissant), les pubs et clubs attirent de moins en moins de clients. "Il n'y a plus un marché pour qu'au mieux 11, sans doute 10 voire 9 nations à Uppsala. Lesquelles disparaitront ?" Pour ne pas disparaitre, les nations, toutes les nations, vont sans doute devoir rationnaliser leur gestion et cesser toutes les activités non-lucratives, celles qui faisaient le peps d'Uppsala.
Au Landskap 2004 - 2005 de V-Dala (assemblée démocratique des étudiants encartés à V-Dala où le staff est élu, oui, cela fait rêver), les résultats de l'année ont rendu plus que blanc les Suédois, déjà pas aidé par la nature (moins 100 000 couronnes pour la gestion non-financière, si ma mémoire est bonne). Pourtant, ajouta la présentatrice "on s'en tire mieux que la quasi-totalité des autres nations".
Du très petit nombre de témoignages sur les autres nations de Suède et de Finlande, leur situation n'est pas franchement meilleure.

Voilà, j'ai tout dit. Enfin, j'ai tout dis de ce que j'avais annoncé, j'aurais pu dire tant de choses encore, c'est pourquoi, tout en remerciant Antoine qui-m'a-accueilli de cette petite tribune, je me demande s'il pourrait publier mes messages de Suède, surtout le dernier, que je lui transmettrai.

Guillaume-Narval Alemanni

Posté par absgar à 20:00 - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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