Absgar le viking

Les Tribulations d'un Parisien en Suède, ERASMUS UPPSALA

30 janvier 2006

pensée unique : apologie

Je me rappelle que dans ma bonne vieille école d'élites parisiennes, il était -et il est toujours- de bon ton de critiquer la pensée unique. A la rentrée il y a deux ans, j'avais lu un tract dont l'UNI a le secret , qui fustigeait la pensée unique, contre les lobbies syndicaux, et autres balivernes réac' de cet acabit. ScPO était accusée d'être  un vilain repaire de crypto-socialistes, de méchants gauchistes, qu'il fallait en finir avec cette conscience de gauche puante, cette pensée unique qui nous enferme.

Le lendemain, je relevais un prospectus dont SUD détenait seul le savoir-faire, et qui fustigeait la pensée unique (sic!) comme la dictature de la pensée libérale à ScPO, du libéralisme instauré comme un dogme intouchable, et de critiquer l'orientation libérale (ou ultra-libérale, on ne sait plus bien, dans le discours de SUD) de l'enseignement de l'éco à ScPo. La pensée unique, c'est le libéralisme qui a tout envahi.

Certes, me direz-vous, il s'agit des extrêmes. Et le ridicule ne touche que parce que, dans ce cas-là, les deux extrêmes se rejoignent. La  vérité doit être quelque part entre les deux (un engagement partisan de centre gauche à Scpo, assez libéral, très pro-européen).

Néanmoins, il est toujours aussi à la mode de critiquer la "pensée unique" dans les temples de l'élite politico-médiatico-économique parisienne : Minc, Sarkozy, Vanneste, Bayrou, Finkelkraut, Kahn, Buffet, Mélenchon, Fabius, etc,etc..

L'essentiel n'étant pas de savoir ce qu'est la pensée unique, mais de s'y opposer catégoriquement, de crier haut et fort sa révolte face à cette supposée doxa imposée par des puissances occultes et malfaisantes ou influencée par un totalitarisme (la palme étant à ce parlementaire UMP qui hier, selon Bix, a déclaré, lors d'un débat sur l'homoparentalité qu'il fallait s'opposer à cette "pensée unique totalitaire du lobby pro-gay" -Bix, corrige-moi si je me trompe- ) : totalitarisme intellectuel de certaines assoc, totalitarisme antiraciste,totalitarisme écolo, totalitarisme de gauche, totalitarisme de droite, on ne sait plus très bien. (une revue de presse de Marianne et du Point vous donneront de très bon aperçus de ce que peuvent être ces méchants totalitarismes). La plupart du temps, la pensée unique est elle-même une dictature. Bigre !

Ajoutons que pour un prof, un intellectuel, un élu, il est toujours bon de s'opposer à la pensée unique :

"vos copies étaient pleines de pensée unique. je m'en suis mis plein les doigts." " Mes chers élèves, nous vivons sous la tyrannie ( c'est toujours bien de placer tyrannie, dictature, totalitarisme avant) de la pensée unique, heureusement, MOI, je sais, MOI je vais vous sauver."

"Il y en a marre de cette pensée unique qui nous infeste."

A noter qu'on entend peu " nous vivons dans la démocratie représentative de la pensée unique" ou encore  "Mieux vaut une pensée unique qu'une ignorance multiple." Ce qui, reconnaissons-le, serait original.

En plus, l'autorité intellectuelle peut dire  "regardez-les, tous ces représentants nauséabonds de la pensée Unique. Moi, je ne suis pas de ceux-là". A vrai dire, on ne sait plus où est qui, qui est en dehors du système et qui est dedans, et si critiquer la Pensée unique ne fait pas partie, si ce n'est d'une posture ou d'un exercice  obligé,  du moins du système tout entier.

    Personne, donc, ne sait ce qu'est précisement que la pensée unique. Mais tout le monde sait qu'il faut s'y opposer. ça peut toujours bien faire, dans une biographie ou dans un CV :
"untel a courageusement résisté à la Pensée UNique".
"2005  : Machin (magnat des médias) a  affronté la Pensée Unique (qui sévit particulièrement dans les médias) et a écrit un bouquin dessus."

    Puisqu'il est donc commun de s'opposer à la Pensée Unique et de  la mystifier, et bien moi je fais son apologie. On remarquera qu'ainsi, je m'oppose à la mode, et que, dans un certain sens, je m'oppose à la Pensée Unique. La Pensée Unique est donc merveilleuse. Il faut la protéger, la sauvegarder, et ne surtout pas chercher à la définir. Parce que plus on s'y oppose (et on la chasse) au nom du Grand N'importe Quoi, moins elle sera blessée. Or, une fois morte, on ne pourra plus s'y opposer. ( à moins qu'on assiste, comme dans les séries B, au "retour de la Pensée Unique")
Et il faudra inventer un autre machin sur lequel tout le monde s'opposera et personne ne saura ce que c'est.

Je réclame la protection de la Pensée Unique. Au titre de la durabilité et de la pertinence de la grandeur de la pensée française.

 

 

Posté par absgar à 01:38 - politik - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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