Absgar le viking

Les Tribulations d'un Parisien en Suède, ERASMUS UPPSALA

26 novembre 2005

Laicité

Hier soir, Francesco et moi avons eu notre premier désaccord politique, et par là même, notre première passe d'armes.
Francesco avait fait des merveilleuses pâtes. Et j'avais ouvert ma boite de foie gras et mes fromages français.
Il est bon de bien manger après les  parties.( Les vendeurs de hot-dogs postés à la sortie des boites de nuit et des Nations l'ont très bien compris...)

Ieri sera, Francesco ed io hanno avuto il nostra primo disaccordo politico. e per là stesso, il nostro primo battibecco. Francesco aveva fatto delle meravigliose paste.  Ed io aveva aperto mio zoppico di fegato grasso ed i miei formaggi francesi.
E buono mangiare bene dopo le parti ( I venditori di hot-dog imbucati  all'uscita di li zoppichi di notte e delle Nazioni l'hanno molto molto compresi...)

Où je me suis rendu compte qu'il est très difficile d'expliquer la laicité à la française, sans  en montrer l'inextricable caractère interditif. Francesco ne comprend. Il veut que les gens puissent porter ce qu'ils veulent en classe. Que l'Etat n'a pas à interdire, n'a pas à se mêler de la vie des gens. Francesco est un catholique de gauche. Daniele est là aussi, assis la tête dans les mains, qui attend et qauiu écoute. Peut-être est-il désespéré. Peut-être qu'il se dit qu'il a trop bu, ou que c'était une bonne soirée après tout. OU peut-être qu'il réfléchit à tout ça.
Je m'efforce de  présenter le système français, et non de  donner mon propre avis. Mais  parfois, les deux se rejoignent (encore heureux)

Dove mi sono reso conto che è molto difficile spiegare la laicità alla francese, senza mostrare ne l'inestricabile
carattere "interditif". Francesco no comprende. Vuole che le persone possano portare cio che voglino in classe. Che lo stato non ha a vietara , non ha ad immischiarsi della vita delle persone. Francesco è un catholico di sinistra.
Daniele è anche là, seduti la testa nelle mani che aspetta e che ascolto. Puo esserer è egli disperato. Forse che si dice che ha bevuto troppo che era una buona serata malgrado tutto. O forse che riflette a tutto cio.
Mi sforzo di presentare il sistema francese, e non di dare il mio proprio parere. Ma talvota, il due si congiungono.


Je constate que la vision française de l'égalité républicaine est très dure. Alors que je suis un laic très modéré, j'étais contre la loi de 2003. Je le dis, mais je ne pense pas que cela puisse jouer.

Francesco pense que c'est intolérable, que c'est une violation des droits de l'homme. Il va se coucher . Il est crevé, bourré.

Constato che la visione francese dell'uguaglianza repubbllicana è molto dura. Mentre sono un laÏc molto moderato, ero contro la lege del 2003. Lo dico, ma non penso che cio influenzare...

Francesco pensa che è inammissibile che è une violazione dei diritti dell'uomo. Va a coricarsi. E fatto scoppiare, zeppo.


Il a raison. Devant la Cour Européenne des Droits de l'Homme, les deux lycéennes (spécial KAss dédi à Florent) à l'origine de toute l'affaire auraient largement gagnées contre l'Etat français.
Plus j'évolue et plus ma conception de l'égalité change : on a trop crevé d'une conception ultra-républicaine , d'une égalité de principe, d'une égalité qui s'affiche crânement sur les frontons des mairies, et on a sciemment oublié l'égalité de résultats, qui est la triste réalité des Noirs, des Arabes aujourd'hui en France. La réalité c'est les voitures brûlées, c'est les cités, les ghettos, les murs des cités, et les murs des employeurs. LA réalité c'est pas d'accès aux grandes écoles ( à part la mienne, louée soit-elle pour son dispositif intelligent mais non complet), pas d'accès aux médias, aux entreprises, pas d'accès aux parlements, pas d'accès à la vie. Pas d'accès au politique ou à l'économique. Juste reclus dans la misère sociale. Mais la réalité c'est aussi de dire qu'ici il y a une pièce de théàtre, qu'ici une Maison de la culture va ouvrir ses portes, qu'ici on réfléchit au système locaux sociaux et économiques, qu'ici il y a des gens qui réussissent. Que la cité c'est pas que la violence, la drogue.

Face àça, la discrimination positive (qu'importe comment vous l'appelez) est plus que nécessaire . Mais cela ne veut pas dire qu'on doive remettre en cause tout le modèle républicain. C'est l'ouverture à de nouveaux modèles qui nous fera sortir de cet état. Seuls les intégristes républicains(UNi, grosse partie de la droite, chevènementistes et une partie de la gauche) ne l'ont pas compris.

Posté par absgar à 12:02 - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Hey, les sœurs Lévy n'auraient sûrement pas gagné à le CEDH de Strasbourg. La Turque qui a porté plainte contre son université a perdu : l'interdiction de porter le voile ne constitue pas une interdiction de l'enseignement.

Sinon, ce n'est pas la République qui est en cause, mais sa non-application.

Posté par Bix, 26 novembre 2005 à 18:11

quelques éléments de réflexion sur la laïcité

la laïcité est d'abord et essentiellement le respect de la distinction publi/privé, et cette séparation s'illustre particulièrement dans le rapport au savoir, dont le lieu de construction est l'école républicaine.
Cette distinction est une composante essentielle du projet républicain parce qu'elle garantit le droit à la liberté de conscience, à la liberté d'opinion, conformément à la déclaration des droits de l'homme de 1789. La loi du 9 décembre 1905, dans son article 2, dispose que : "la République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte", organisant ainsi la "séparation des églises et de l'Etat". Plus tard, le 13ème alinéa du préambule de la Constitution du 27 octobre 1946, puis l'article 1er de la Constitution du 4 octobre 1958 érigeront la laïcité en principe constitutionnel. Ce principe consiste donc à affirmer que la religion est une affaire privée (quoique s'exprimant publiquement), qui ne saurait dès lors interférer dans les affaires de l'Etat. De son côté, l'espace public, parce qu'il appartient à tous, doit rester neutre .
On voit bien que dans son principe,posé par la loi du 9 décembre 1905, (et contrairement à une idée communément admise), la laïcité n'est pas un combat antireligieux, elle affirme au contraire que l'Etat se donne les moyens de garantir aux individus le droit à leurs opinions et croyances. Il faut, au passage, préciser le sens du terme "espace public" : la chose publique, c'est "la res publica", c'est à dire ce qui relève de la communauté nationale "indivisible" refusant par principe toute forme de communautarisme; le privé, c'est ce qui relève de l'opinion, des croyances d'un inidividu, fussent -elles partagées au sein d'un parti, d'une église ou de toute autre forme d'association.
En France, le domaine de la croyance est renvoyé à la spyhère privée, les savoirs portés par les enseignements relevant du monde de la raison. Quelle que soit la discipline ou la spécialité enseignée,le modèle éducatif recherche l'objectivation du savoir en mettant peu ou prou en oeuvre les éléments et étapes de la démarche scientifique; refus du dogme, formulation d'hypothèses, recueil et analyse de données, formulation d'une pensée propre... (tout ceci est contraire par exemple avec l'imposition des croyances relatives au créationnisme, qui sévit dans les programmes scolaires de certains états américains).
Encore une chose, si la laïcité renvoie à la neutralité, au sens où la République est neutre dans ses rapports aux religions, elle même a des valeurs "universelles", qui procèdent d'une conception humaniste du monde, dans laquelle l'homme en tant qu'individu doté de raison est en position centrale et qu'elle cherche à promouvoir. Ces valeurs humanistes sont la recherche de la liberté (de conscience, ça passe par une formation de la pensée critique, etc), de l'égalité de principe, de base, fraternité, solidarité, ...
Rationalité et valeurs humanistes, porteuses d'universalisme (ce qui peut rassembler les hommes au delà de leurs différences culturelles)sont les fondements philosophiques des principes de la laïcité française et à ce titre, concernent la sphère de l'école, où se forgent la personnalité et l'intelligence de l'enfant.
Si on autorise à l'école l'expression de toutes les croyances, pourquoi ne pas enseigner les thèses créationnistes, les positions révisionnistes de l'histoire, le refus des contenus d'enseignement en SVT et toutes les impostures au nom du respect des croyances des uns et des autres ??
En référence à ce rapport au savoir, "le port de signes ou tenues par lesquels les élèves manifestent ostensiblement une appartenance religieuse..." est désormais interdit par la loi du 15 mars 2004, parce qu'il manifeste un refus de l'ouverture au monde par la voie de la connaissance raisonnée.
Le respect du cadre républicain de l'école n'impose pas aux élèves de renoncer à leurs croyances, le principe de laîcité leur permet de les conserver dans la sphère privée.
Voilà pour les fondements philosophiques, maintenant sur le plan de l'actualité, les émeutes n'ont aucunement mis en avant cette problématique de la laÎcité, mais plutôt le chômage, l'isolement pour certaines cités, le fait que les villes riches ne veulent pas accueillir de logements sociaux (suivez mon regard) et contribuent à la fabrique des ghettos. Les questions d'éducation familiale (manque réel de repères de certains enfants)ne sont pas absentes, et enfin les réelles discriminations à l'embauche et dans les grandes écoles (à ce sujet, ce qu'a fait Sciences Po Paris est exemplaire de la lutte contre les discriminations et témoigne de ces valeurs républicaines et universalistes évoquées plus
haut). Si les discriminations conduisent au communautarisme, ce dernier n'a pas fait la preuve que ça améliorait le lien social, ni l'égalité ni la liberté.

Posté par dominique B, 29 novembre 2005 à 08:57

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